Aucun jeune ne choisit des études avec l’idée d’échouer et les parents sont souvent anxieux : mon enfant va-t-il mettre toutes les chances de son côté ? va -t-il gérer son année avec intelligence et efficacité ?
Depuis des années, la lutte contre l’échec bat son plein : les universités et les hautes écoles, individuellement ou regroupées, consacrent une grande part de leurs forces vives à imaginer des scénarios et des mesures pour combattre ce fléau que représente le pourcentage assez haut d’échecs dans l’enseignement supérieur, tous réseaux confondus.
Des statistiques fleurissent, sur des aspects les plus variés, citons entre autres, l’origine sociale des étudiants, les branches dans lesquelles l’échec est élevé, les acquis du secondaire, les pré-requis du supérieur, la régularité de l’assistance aux cours ou l’importance déterminante de la langue française pour répondre aux questions d’examens.
Chaque établissement propose des mesures d’accompagnement des étudiants, du cours classique de méthodes de travail aux entretiens plus imaginatifs en passant par les séances de rattrapage dans les cours essentiels ou les travaux pratiques d’exercices.
Mon expérience professionnelle m’amène cependant à poser la constatation suivante : les chiffres de l’échec diminuent peu eu égard à l’envergure des moyens mis en œuvre, des réflexions menées et de l’argent investi.
Il semblerait que l’étudiant type qu’on essaie d’aider n’existe pas.
Bien sûr, il y a les disparités sociales, familiales et culturelles.
Bien sûr, toutes les options choisies en humanités ne mènent pas aux études supérieures avec la même facilité.
Et il est évident qu’il y a toujours des étudiants plus intelligents, plus rapides, plus efficaces, mais pourquoi eux et pas les autres ?
Il semblerait qu’un élément échappe toujours, non pas aux statistiques ou aux études théoriques mais bien à la mise en œuvre des solutions.
J’appellerais cet élément « l’instinct de survie ».
Une majorité d’étudiants qui arrive dans l’enseignement supérieur est dépourvue de cet instinct et se comporte dans sa nouvelle vie sans s’adapter ou en mettant en œuvre des moyens inutiles, hors de propos et inefficaces.
Ce « non -instinct de survie » s’apparente à un manque de maturité mais il est réducteur de n’envisager que la question de la maturité.
En effet, la société s’est complexifiée : techniquement avec l’éclosion des technologies, et familialement avec l’éclatement des familles et leur recomposition.
Les sociologues et les psychologues s’accordent pour reconnaître que l’âge vraiment adulte est retardé aux environs de 25 ans et non plus 18 ou 20 ans comme autrefois.
De plus, l’avenir est totalement incertain, les voies classiques ne suffisent plus.
Alors on se raccroche au diplôme et même aux multiples diplômes.
Mais ce n’est pas parce que les parents et l’air du temps le clament, que le jeune peut mettre en œuvre les bonnes stratégies et opérer le choix qui lui convient.
La pression qui pèse sur les épaules des enfants devenus grands est énorme.
D’où l’importance de l’accompagnement individuel du plus grand nombre d’étudiants possible. Un accompagnement pointu, qui pourra repérer si l’étudiant utilise les bons outils. Un accompagnement individuel parce qu’aucun jeune ne réagit de la même façon au même contexte. Certains travaillent trop et mal, d’autres pas assez, d’autres sans aucune organisation et d’autres encore sans efficacité.
Sans oublier la cohorte des étudiants mal orientés ou pour qui le sens et la motivation disparaissent dès les premiers cours.
Il y a évidemment les étudiants qui vont leur chemin avec enthousiasme, intérêt ou, en tout cas, en réussissant.
Pour les autres, l’accompagnement individuel doit coller à leur besoin du moment : répétition des cours, gestion du temps, soutien au travail ou à la motivation, travail sur le stress ou l’anxiété, travail sur le sens ou la régularité.
Bien sûr, les parents peuvent remplir ce rôle et certains le font très bien.
Mais il s’agit d’un domaine tellement investi d’espoir et saturé d’affectivité angoissée, qu’un tiers, sans préjugés ni a-prioris, pourra souvent dédramatiser la situation ainsi que pointer des lacunes auxquelles il faut remédier, lacunes que des proches ne peuvent pas toujours cerner.
Respecter en profondeur le rythme des jeunes, les aider à s’adapter, trouver leur voie, réussir et ouvrir des yeux lucides sur la réalité, tel est le rôle des accompagnants et de l’entourage.
Martine LEONARD
Coordinatrice pédagogique aux Facultés
universitaires Saint-Louis
Enseignante à la H.E. IESN (Namur)
Publié dans La Libre Belgique du 28 août 2008 et le Ligueur du 27 août 2008.